J’ai toujours beaucoup de mal à lire des romans fantasy. Un comble pour
un amateur de jeux de rôle, qui de surcroît a contribué à des jeux ou des suppléments de jeux de fantasy. Mais c’est comme ça 99% du temps : le roman de fantasy m’ennuie, ses originalités me
glissent dessus, son style m’endort. Il ne s’agit pas là d’un jugement du genre, car la fantasy, ses univers, constituent l’essentiel de ce qui me fait rêver et me donne envie d’écrire ou de
jouer. Je dois être un lecteur impatient, les contraintes que doivent affronter les auteurs pour mettre en place des personnages et une intrigue tout en présentant un univers nouveau doivent
constituer un blocage pour mes ardeurs de lecteur.
Bref, assez parlé de mon nombril, je voulais parler d’un roman. Donc voilà, heureusement pour moi il y a des livres de fantasy qui m’ont emporté et m’ont suffisamment passionné pour que j’aille au bout du bouquin, voire du cycle quand c’en était un. Ca a été le cas des Lions d’Al-Rassan (ceux qui me connaissent bien savent à quel point et pourquoi ce livre m’a marqué) et de la Mosaïque de Sarance ; et puis de Neverwhere et American Gods de Neil Gaiman. De temps en temps une bizarrerie m’attrape, c'est un livre étrange, parfois hybride, plus ou moins fantastique, plus ou moins fantasy, et qui passe juste entre les tirs de mon désintérêt et trompant de justesse les faiblesses de ma concentration. Est-ce son style, son histoire, son côté hybride ? Je ne sais pas, mais récemment j’ai vécu ça avec Un cœur d’enfants maudits de Tom Piccirilli et l’Heure du loup de Robert McCammon. Il y a quelques années aussi, les Cantiques de Mercure de Fabrice Colin et le cycle d’Abyme de Mathieu Gaborit (le premier qui s’en étonne gagne le droit de relire mon précédent billet) m'ont fait cet effet, et puis quelques Glen Cook, quelques Moorcock... Ce ne sont pas les seuls, évidemment, mais lorsque j’y pense, je fais cet étrange constat : je ne lis pas, ou presque pas, de fantasy.
J’en viens donc à la raison de ce billet, à un livre dont finalement je ne parlerai que peu car il se résume plus à un concept fort étiré sur quelques tomes qu’à une histoire que l’on peut décortiquer. Il s’agit du cycle des Dragons de Sa Majesté de Naomi Novik et le pitch c’est ça : durant les guerres napoléoniennes un capitaine de la Navy se retrouve propulsé « pilote » de dragon. Eh oui, dans ce monde-là les dragons existent et sont des créatures domestiquées (ou non) et intelligentes, qui transportent des équipages humains au combat. Le premier tome, Téméraire, raconte la rencontre du capitaine Will Laurence et du dragon Téméraire et leur apprentissage commun du métier de combattant aérien. Le livre fourmille de personnages riches et typés et de situations fort intelligentes, tant du point de vue humain que de celui de l’aventure. Un roman, eh bien, romanesque, comme je les aime, qui prend le temps de poser ses personnages tout en n’oubliant pas de nous divertir et de nous emporter.
C’est frais, ça respire le grand air et la camaraderie, c’est érudit sans être pédant et ça s’adresse à ceux qui aiment qu’on prenne des libertés avec l’Histoire pour lui faire de beaux enfants.
